Roland Barthes - Le ravissement par l’image
FRANCE CULTURE
Au micro de Jean-Marie Benoist, le philosophe et sémiologue, Roland Barthes, auteur notamment de "Mythologies", analysait sa fascination et son amour pour les images fixes. En 1980, Roland Barthes publiera "La Chambre claire. Notes sur la photographie".
En 1977, au micro de Jean-Marie Benoist, Roland Barthes analysait sa fascination pour les images fixes, ses goûts en peinture, ainsi que sa résistance à apprécier le cinéma et les bandes dessinées.
Le plaisir de l’image est très ambigu pour moi. Certes, j’aime les images, mais l’image est pour moi fondamentalement douloureuse. Je fais une très grande différence entre l’image dite fixe et l’image dite mobile (...) Pour moi, elle compte beaucoup, ça explique tous mes démêlés avec le cinéma. J’ai toujours eu beaucoup de mal à expliquer pourquoi j’étais rétif au cinéma…
Au fond le cinéma, pour moi, j’ai l’impression que c’est trop riche. Trop de choses se passent (… ) dans une mobilité d’une minute, cette mobilité est d’une richesse qui m’épuise.
Je suis incapable de rester planté un quart d’heure devant un tableau.
Je cherche le ravissement par l’image comme dans l’épisode amoureux.
J’aime la couleur comme quelque chose qui est pulsionnel.
Roland Barthes soulignait que la photographie lui était toujours "un peu douloureuse" :
La photographie c’est ce qui est fascinant. Hors, la fascination c’est extrêmement difficile à analyser, parce ce que c’est très tautologique (...) La photographie tombe un peu hors langage.
L’image c’est toujours un peu ce dont je suis exclu.
Par Jean-Marie Benoist
Entretien avec Roland Barthes (1ère diffusion : 23/02/1977)
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