Les désorientés [le film]

les désorientés le film



Documentaire de Philippe Troyon - France Télévision - France Ô - 2010 - Médiapart 2013 - [52’] - Le lycée polyvalent Eugène Delacroix à Drancy est une grande barre de béton à trois étages, non loin des « Quatre routes ». Il y a 1800 élèves, près de 200 enseignants, 50 cadres administratifs. Une véritable entreprise. Au cœur de ce bâtiment immense et froid, une classe de BEP Sanitaire et Social, composée de 20 filles et de 1 garçon, prépare aux métiers d’auxiliaire de vie avec le souci d’être proche de la réalité qui les attend à « l’extérieur » . Comment faire pour que ces élèves souvent placés là par le hasard de l’orientation scolaire puissent trouver leur voie, se passionner pour un métier parfois très dur, choisi pour la plupart d’entre eux par défaut ?


Tous désorientés ?

FRANCE CULTURE // Rue des écoles // Martin Quenehen

avec Philippe Troyon - Francis Danvers - Thierry Berthet - Véronique Simon - Marie Caroline Messir

Dimanche 12 Novembre 2017 France Culture à 17h

A partir du film documentaire « Les désorientés » de Philippe Troyon
https://www.franceculture.fr/emissions/rue-des-ecoles/tous-desorientes

Après l’annonce par le gouvernement d’une réforme de l’orientation en classe de terminale, Rue des Écoles explore les multiples dimensions - scolaire, mais aussi sociale, économique, politique et même philosophique - des besoins et des désirs d’orientation des élèves français...

Thierry Berthet, sociologue et directeur de recherche CNRS au Centre Emile Durkheim (Université de Bordeaux), co-Auteur de « Le décrochage scolaire : enjeux, acteurs et politiques de lutte contre la déscolarisation » (PUR)

Francis Danvers, professeur émérite en sciences de l’éducation à l’université Lille-III, auteur notamment de "S’orienter dans la vie : une valeur suprême ?" (Presses universitaires du Septentrion)

Philippe Troyon, réalisateur et pédagogue, auteur du documentaire "Les désorientés", tourné dans un lycée polyvalent. Lien pour voir le film

Véronique Simon, chargée d’études pour le Céreq, et travaille au centre associé à l’iep de bordeaux sur le décrochage scolaire où interviennent les effets de l’orientation.

- Le journal de l’éducation de Marie-Caroline Missir en partenariat avec L’Etudiant.

Focus : "Reforme de l’entrée à l’Université : le lycée en première ligne"

- Le reportage de Sophie Bober : "En descendant les marches de la rue du Mont Cenis, pour rejoindre l’école", avec l’historien Michel Pastoureau.


MEDIAPART

« Les désorientés » portrait d’une classe de BEP par Sophie Dufau

Le film sur le site Médiapart « Les désorientés », deux ans au cœur d’une classe de BEP


FILMER LE TRAVAIL - POITIERS Mars 2014

L’association Filmer le Travail et Périphérie vous invitent à la projection du film "Les désorientés", documentaire de Philippe Troyon réalisé pour France Ô dans le cadre de l’éducation à l’image à Périphérie et Imaginem, en présence du réalisateur.

A 18h30 la projection sera précédée d’une conférence de la sociologue Séverine Chauvel sur "les pratiques d’orientation et la désinflation des aspirations scolaires".

Vous pouvez visionner la bande annonce et lire l’article de Mediapart sur le film. Pour toute information détaillée sur la séance, consultez le site de l’Espace Mendès France.

mardi 4 mars
Planétarium de l’Espace Mendès France / 1 place de la Cathédrale, Poitiers (86)

18h30 - Conférence de la sociologue Séverine Chauvel
20h30 - Projection du film Les désorientés de Philippe Troyon


"Les désorientés" un documentaire de Philippe Troyon

VOIR LE SITE DE LA PRODUCTION VANGLABEKE FILMS

DOCUMENTAIRE 52 minutes - France Télévision - France Ô - Réalisé par Philippe Troyon
Première diffusion TV : le 25 Mai 2011 à 20h30 sur France Ô

Soirée thématique : "la deuxième école"

re diffusions : 30 mai - 31 mai - 03 juin 2011 ...
Note d’intention :les couloirs de la vie

Ce projet documentaire a commencé il y a maintenant cinq ans. Il est dans sa dernière « ligne droite ». J’ai commencé à filmer les élèves sortis du lycée, pour savoir ce qu’ils sont devenus.

Comment s’orienter ?
Dans le lycée Eugène Delacroix à Drancy, 1800 élèves, polyvalent et professionnel comme dans la plupart des lycées en France, il y a des couloirs, de longs couloirs… Couloirs de passage et de flux des élèves entre les cours. Cris et injures de classes incontrôlables résonnent entre leurs parois. Et puis d’un coup, quelques instants après le hurlement de la sonnerie, les couloirs se vident et un silence s’installe. Couloirs vides, vides de bruits, vides de vie et de sens. L’indifférence des lieux semble réduire à l’état de silhouette les élèves. Il y en a eu d’autres avant eux, il y en aura d’autres après eux.


En 2005, ouvrant une porte d’un de ces couloirs, je me suis retrouvé dans une classe de BEP Sanitaires et Sociales. Non par hasard mais par le souhait d’une équipe d’enseignantes soucieuses d’observer leur travail à travers mon regard, et de juger de la pertinence de leur projet scolaire vis à vis de leurs élèves un peu « à la dérive ». J’ai pu m’intégrer dans un groupe de vingt filles et d’un seul garçon, qui se retrouvaient là presque par le hasard de l’orientation scolaire… on aurait dit « des laissés pour compte » qui n’avaient pas vraiment choisi leur orientation puisque leurs notes de troisième étaient trop basses pour « aller en général ».
Il fallait donc bien qu’ils se retrouvent quelque part, quelque part dans leur vie d’adolescent pour se donner encore une chance de participer à la grande compétition sociale, se mettre encore dans les starting blocs du monde du travail. Parce qu’à ce stade-là, on est plus seulement dans la connaissance des savoirs mais surtout dans le savoir-faire. Et suivre un BEP Sanitaire et Sociale est souvent considéré comme le dernier endroit où l’on va lorsqu’on a été refusé de partout… le cul de basse fosse… Pourtant tout ce qui touche au social, à la relation humaine, du début de la vie des bébés à la presque fin de la vie des personnes âgées est une belle mission, un métier d’avenir… Sûrement, mais le paradoxe est quelque part par là. C’est en effet demander à des jeunes en perdition scolaire de trouver un sens à leur vie en s’occupant de la vie des autres, entre l’enfance et la vieillesse... Entre les deux mondes … il y a un monde… le monde des couloirs.


Je m’apprêtais à faire un constat assez sombre sur cette orientation scolaire forcenée, sur un système scolaire en perdition lui aussi. Et puis il a fallu le temps de la relation avec cette classe pendant trois ans, il a fallu laisser la parole surgir et vivre, celle des élèves qui se sont interrogées elles-mêmes sur leur devenir, sur leur existence… il a fallu les observer dans leurs cours de pratiques quasi irréels, dans leurs stages en alternance en maternelles et maisons de retraites. Il a fallu une idée formidable des professeurs qui ont intégré dans leur programme, un atelier de peinture impressionniste, sur les traces de Claude Monet, pour peindre avec les petits et les personnes âgées et mesurer ainsi leur capacité de dialoguer, de transmettre, de créer…
Et enfin, il a fallu cette dernière rencontre trois autres années plus tard en 2010, lorsque j’ai retrouvé ces élèves dans leur vie, « dans le civil », dans leur recherche de travail, ou dans leur travail… ou dans rien : dans la recherche de sens à donner à leur vie… Il m’a fallu tout ce temps, pour comprendre que l’orientation scolaire, ne se fait pas seulement par les notes, les conseils de classes, mais aussi et surtout dans la tête de ces jeunes bringuebalés par les aléas et les contradictions de notre société, et de ce qu’elle produit. Entre les premiers plans en classe et les plans d’aujourd’hui il s’est passé cinq ans. Les élèves approchent de leur vingt ans… que sont-elles devenues… qu’est-il devenu ? qu’est-ce que ces couloirs d’école leur ont réservés ?


J’en reviens au paradoxe.
Je pensais que l’école avait dérouté, désorienté les élèves. En dehors de toutes polémiques sur l’état actuel de l’enseignement, sur la sécurité de ces lieux « sanctuarisés », sur les innombrables problèmes que doit supporter l’institution scolaire au cœur d’un système social mondialisé et numérisé, il m’est apparu la chose suivante que je tente de montrer « en creux » dans le film : ces élèves, ces adolescentes et cet adolescent, sont déjà désorientés avant même d’avoir franchi le seuil de la porte d’entrée du lycée. Dans leurs lourds sacs à dos, ils portent leur condition de vie, leur mal-être qu’ils traînent dans les couloirs de l’établissement.

Je dirais même que ces couloirs les maintiennent dans une certaine sécurité… balisent leurs regards perdus. Ils sont écoutés, respectés, encouragés. Certes ils se cognent contre les murs, mais ils finissent par se mettre en marche. J’ai compris cela lorsque je les ai filmés dans leur recherche d’emploi ou dans leur premier boulot. Ils sont fiers d’avoir pu trouver une sorte d’équilibre même très précaire lors du BEP. Même si l’on ressent une grande solitude face à cette mer d’huile sociale sans consistance et abyssale, ils résistent, ils tiennent. Je dirais presque qu’ils n’ont plus besoin des couloirs pour les guider. Bien sûr, il y a de graves échecs… mais là que faire ? Jusqu’où doit aller la mission de l’école ?
Il faut trouver sa place dans la société, dans la vie. Tout ce travail menée par cette équipe d’enseignantes et de responsables de l’établissement, est de grande qualité, malgré l’énorme responsabilité qu’ils ont sans forcément en avoir les moyens. Ce n’est pas un film-débat, ni un film-constat. C’est un film de couloir, qui raconte l’utilité des couloirs… pour ne pas se perdre totalement.


Le dyptique
J’ai décidé de faire deux films avec tous les rushes pour distinguer au mieux deux points de vue : celui de l’enseignante et celui de l’élève. Celui-ci est le point de vue de l’élève.
Après le Collège le Lycée
Après avoir passé plusieurs années à suivre les projets pédagogiques d’un collège à Bobigny, j’ai voulu continuer ce chemin de l’élève, dans les méandres de sa propre vie et dans les antagonismes de la transmission, celle qui semble être un peu dépassée par les grands mouvements sociaux et culturels de notre monde.

Philippe Troyon